Droit fluide

Abstract

[1] L’idée de fluidité du droit est banale pour un juriste de common law, habitué qu’il est à l’informel mouvant du matériau juridique ; pour un historien du droit confronté à la plasticité des usages, maximes et coutumes qu’il exhume des archives ; pour un spécialiste de droit comparé qui peut suivre les circulations et emprunts de théories et de concepts juridiques au niveau planétaire (WATSON, 1974) ; ou encore, pour un sociologue du droit dont la méthode peut être, de manière féconde, tout aussi flexible que son objet de recherche (CARBONNIER, 2001). Le droit, aujourd’hui, dans une perspective phénoménologique, ce sont des textes produits en en flux continu (NICOLAS, 2018) et les discours qui les entourent sortant de la bouche d’acteurs divers et que l’on met rétrospectivement dans des formes plus ou moins cristallisantes que l’on dit juridiques ; des discours qu’on déforme (interprétation), qu’on révise dans un processus continu de réformes, d’emploi et de réemploi à toutes fins stratégiques utiles. Chose évolutive, aux naissances multiples (GAUDEMET, 1999), relatif à une époque et à une civilisation donnée, reflet des flux et reflux profonds de valeurs et d’intérêts en lutte dans une société ou un groupe de sociétés donnés, le droit n’aurait-il pas toujours été fluide ? Ne le serait-il pas par nature, comme l’est son principal matériau, le langage et la rhétorique qui en fournit la grammaire constitutive au moins depuis l’Antiquité grecque (BARTHES, 1970, p. 175) ?
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Keywords

Recommended citation

Emeric Nicolas, « Droit fluide », dans Vincent Gautrais (dir.), Dictionnaire de la norme: formaliser l'informel, 29-3 Lex electronica, 2024. Available at: https://lexelectronica.openum.ca/en/s/3390.
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